Dans une correspondance datée du 14 octobre 2025, Dr Mbaye Cissé, Président de l’Association pour la Protection des Droits Humains (APDH), a saisi le Chef de l’État pour une intervention dans l’affaire qui oppose Bocar Samba Dièye à la CBAO. Et c’est pour demander à Bassirou Diomaye Faye de réviser les textes en vigueur qui réagissent les relations entre le Sénégal et les banques étrangères afin de protéger les nationaux.

« L’Association pour la Protection des Droits Humains (APDH) sollicite votre intervention dans l’affaire opposant Bocar Samba Dièye à la banque CBAO, dite Groupe Attijariwafa Bank,qui implique un contentieux financier et judiciaire complexe entre les deux parties. Le Vieux Bocar Samba Dièye, homme d’affaires sénégalais et importateur de riz, est en conflit depuis plusieurs années avec la CBAO qui lui réclame une créance de plusieurs milliards de F CFA, tandis que le sieur Dièye affirme avoir été victime de fraude, anatocisme d’une créance supposée inexistante et pratiques bancaires abusives », campe, d’entrée de jeu, Dr Mbaye Cissé dans sa missive adressée au Président de la République.

Un feuilleton judiciaire sans fin

Le Président de l’APDH de poursuivre : « Plusieurs décisions de justice ont été rendues en sa faveur dont une condamnation de la banque à lui payer une somme de onze (11) milliards de F CFA à titre de dommages et intérêts. Nous souhaitons que l’État réétudie tous les textes en vigueur qui réagissent les relations entre le Sénégal et les filiales bancaires étrangères, afin d’y prévoir des clauses protégeant les nationaux, et réagit face à la diversion et à la précipitation du Groupe Attijariwafa Bank afin de trancher suivants les voies et moyens disponibles. Le vieux Bocar Samba Dièye, commerçant de son état depuis 1957 ne doit en aucun cas subir ce sort tragique ». Pour rappel, l’affaire Bocar Samba Dièye constitue une péripétie judiciaire sans fin. Le 29 juin 2022 le Tribunal avait déclaré nul et de nul effet le Protocole présenté par la banque faisant état d’une éventuelle reconnaissance de dette d’une valeur de sept (7) milliards de F CFA. En juin 2024, la Cour d’Appel de Thiès déclare à nouveau nul et de nul effet ce présent Protocole produit en septembre 2013. Dans une décision rendue le 14 février 2025 le tribunal de Dakar avait encore débouté la banque de ses demandes come mal fondées. Pire, se désole le Président de l’APDH, « nonobstant les décisions de justices rendues en sa faveur, la banque continue de poursuivre son action contre lui ».

Sauver un monument de l’économie

En juillet 2024, la CBAO exhibe à nouveau une Ordonnance d’Expulsion datée du 3 avril 2017 par le tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar de ses immeubles objets des titres fonciers TF 9293 et TF 16.797 Gr, TF 84.03 Gr. Après une opposition de Bocar Samba Dièye devant le Tribunal du Commerce, celui-ci s’est déclaré incompétent en septembre 2025. « Cette affaire soulève des questions sur l’indépendance de la justice et la protection des droits des citoyens face aux institutions financières puissantes. L’État du Sénégal a une responsabilité morale de protéger et de soutenir Bocar Samba Dièye dans cette situation difficile. Une intervention est sollicitée auprès de votre haute autorité pour empêcher que le vieux ne subisse des conséquences graves et injustes dans son conflit avec la banque. L’État a un rôle à jouer pour garantir la justice et la protection de ses sujets, en particulier dans les cas où il y a un déséquilibre de pouvoir entre les parties impliquées », lit-on dans la correspondance. Selon l’APDH, « l’État du Sénégal a un devoir moral et une obligation légitime d’apporter une assistance à Bocar Samba Dièye, vulnérable devant le Groupe Attijariwafa Bank ». En effet, « un rapport d’expertise judiciaire a conclu que la banque avait des torts et que le sieur Dièye était créditeur de plus de 879 millions de F CFA ».