Le Président américain, Donald Trump, a violé la «War Power Act» de 1947 qui l’enjoint d’avoir l’onction du Congrès avant d’engager les États-Unis dans un quelconque conflit. Pire, il a foulé au pied le Droit international. Telle est l’intime conviction d’Aly Fary Ndiaye, spécialiste en relations internationales, qui a aussi décrypté l’acte commis par Ndiaga Diagne, un Sénégalais naturalisé américain, au Texas.

Les États-Unis et Israël viennent de bombarder l’Iran avec pour conséquence la mort de l’ayatollah Khamenei. Votre première réaction ?

Les actions des États-Unis contre l’Iran, en accord avec Israël, ne sont pas une surprise, si on observe l’activisme de Netanyahu qui se dit qu’occasion ne peut être plus propice pour régler définitivement la question iranienne. Surtout que Donald Trump a dans son cercle restreint son beau-fils d’obédience juive. Quand on a vu les navires américains, notamment Abraham Lincoln, se déplacer vers le Détroit d’Ormuz, les observateurs savaient que quelque chose se prépare. Mais, ce qui est regrettable, c’est la rapidité des actions sans déclaration préalable de guerre. En faisant cela, Trump et Netanyahu violent non seulement le Droit international en matière de guerre régi par la Charte des Nations Unies, mais Trump viole le War Power Act (Loi sur le pouvoir de la guerre) de 1947 qui exige au Président des Usa l’approbation du Congrès avant d’engager un quelconque conflit. En voulant contourner cette disposition, Trump en parlant d’action « courte et rapide au nom de la sécurité intérieure et de la défense des intérêts des États-Unis ». Aujourd’hui, avec la mort de l’Ayatollah Khamenei, on se rend compte que l’Iran est en train d’en faire une guerre régionale en ciblant toutes les bases américaines dans cette partie du monde. Il s’y ajoute que les Usa et Israël sont en train de constater que ce qu’ils pensaient comme une opération facile est en train de se compliquer pour eux. Aux États-Unis, l’opinion publique attend de voir comment le Président Trump va réagir, raison pour laquelle deux de ses ministres (Défense et Affaires Étrangères) ont été obligés d’aller s’expliquer devant le Sénat. L’autre élément reste, sans doute, la capacité de réaction de l’Iran. Quant à l’Europe, elle est en train de jouer un rôle d’arrière-garde, tandis que les pays des Brics, principalement la Chine et la Turquie, devaient s’atteler à amener les deux parties à un consensus. Malheureusement, ce n’est pas ce que l’on constate.

«L’IRAN EST EN TRAIN DE PROUVER QU’IL EST UNE PUISSANCE MILITAIRE»

Quels sont les enjeux géopolitiques et les conséquences économiques pour les pays du Golfe producteurs de pétrole ? Quid du reste du monde et de l’Afrique ?

Les enjeux économiques seront dramatiques. D’abord, on va assister à la fermeture du Détroit d’Ormuz où passe 20 pour cent du commerce mondial, ce qui va impacter négativement sur l’approvisionnement en pétrole. D’ailleurs, le prix du baril a déjà augmenté de 23 dollars. Une telle situation va causer beaucoup de désagrément à la Chine et aux pays asiatiques qui utilisaient cette voie pour ne pas faire le contour de l’Afrique. Sans parler d’une probable inflation au niveau des pays non-producteurs de pétrole.  L’autre crainte est pour Trump. Car, l’opinion publique américaine ne supporte pas deux choses en temps de guerre : trop de morts et la flambée des prix de l’or noir (les Américains consomment beaucoup de carburant). Autant de facteurs qui vont ralentir l’économie mondiale, notamment en Afrique où il n’est pas exclu une augmentation des prix des denrées de première nécessité. Pis, l’arrêt de la production de pétrole va causer une hausse du prix de l’or noir à cause de la fameuse loi de l’offre et de la demande. Des pays comme le Sénégal, le Gabon ou encore le Nigeria peuvent profiter de cette crise pour augmenter leur production de pétrole et booster leur économie. Malheureusement, une bonne partie est déjà vendue à des compagnies étrangères. Pour autant des pays, comme ceux de l’AES qui sont enclavés, vont subir les contrecoups de cette crise avec une inflation galopante, car les coûts de transport et de production vont causer des hausses de prix en cascade, notamment les produits dérivés du pétrole (essence, gasoil…) et des denrées de première nécessité. Conséquence, nos industries vont acheter leurs matières premières plus cher et les ménages vont ressentir les contrecoups. Surtout qu’il n’est pas exclu de voir les Etats aller vers une suppression graduelle des subventions. C’est pourquoi il faut souhaiter une issue rapide et heureuse de ce conflit qui ne fera qu’empirer une situation déjà très fragile aux plans économique et social.  

«TRUMP NE VEUT PAS D’UNE GUERRE JUSTE. IL VEUT JUSTE UNE GUERRE»

Le meurtrier d’Austin, au Texas, est un Sénégalais, identifié comme Pro-Iranien. Notre pays peut-il s’attendre à des représailles diplomatiques ?

L’acte de Ndiaga Diagne est très regrettable. Et il faut le condamner. Mais, du moment qu’il est devenu Américain, les gens doivent comprendre qu’il sera considéré comme un terroriste intérieur. Autrement dit, on ne peut pas, en l’espèce, stigmatiser le Sénégal. En somme, un acte isolé ne saurait être un prétexte pour corser un arsenal de lois déjà lourdes sur les visas et d’autres secteurs. Surtout que le Sénégal doit aller à la Coupe du monde. Comme du reste, la parlementaire d’origine somalienne, qu’on a voulu stigmatiser, est une Américaine. En réalité, les Sénégalais sont connus aux Usa comme des travailleurs honnêtes et qui respectent les lois. En définitive, il faut retenir que l’Amérique peut gagner la guerre militairement, mais elle ne peut pas gagner la paix. Quant à l’Iran, même s’il perd la guerre au plan militaire, il est en train de triompher en prouver ses capacités e riposte en imposant un conflit régional, malgré la jonction entre les États-Unis et Israël, et prouver qu’il est en train de devenir une vraie puissance militaire capable de défier n’importe quel pays. Il s’y ajoute que cette crise prouve, encore une fois, que la grande civilisation millénaire iranienne (perse), faite de conquêtes et de résistance, est loin d’être usurpée. Mieux, l’Iran est en train de prouver à la face du monde que les boucliers et outils de protection tant vantés par les Usa et Israël peuvent bel et bien être percés pour atteindre des cibles hautement stratégiques. Toutes choses qui font que Trump veut appliquer, coûte que coûte, la Doctrine Powell : « Faire une guerre courte et limiter autant que possible les pertes militaires ». D’ailleurs, le président américain s’est empressé d’annoncer, en toute connaissance de cause, que « la guerre ne va pas dépasser cinq semaines », car conscient des répercussions sur les élections de mi-mandat pour le camp républicain qu’il dirige. Bref, Trump ne veut pas d’une guerre juste, il veut juste une guerre.