En marge de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc, des milliers de supporters sénégalais profitent de leur séjour pour renouer avec un héritage spirituel. Au cœur de la médina de Fès, le mausolée de Cheikh Ahmed Tidjani devient l’épicentre d’une ferveur où se mêlent prières, commerce et diplomatie religieuse.
Dans un reportage publié le 15 janvier 2026, Célia Cuordifede et Jules Crétois, journalistes au Monde, décrivent le spectacle saisissant qui anime les ruelles étroites de la vieille ville de Fès.
Munis de maillots ou de sacs aux couleurs du Sénégal, de nombreux fidèles affluent vers le mausolée de Cheikh Ahmed Tidjani, fondateur de la confrérie Tidjaniya très influente en Afrique de l’Ouest.
Pour Amadou Bassirou Cissé, ingénieur de 36 ans venu soutenir les Lions de la Téranga, ce détour spirituel était une évidence confiée au journal : « C’est un rêve qui se concrétise… pour nous, Sénégalais, la ziara [visite pieuse] vers le mausolée est un symbole de la foi ».
Ce lien viscéral ne date pas d’hier. Le Monde rappelle que le prédicateur sénégalais du XIXe siècle El Hadj Malick Sy écrivait déjà : « Visite Fès, là-bas, les vœux se réalisent… ».
Aujourd’hui, grâce à l’essor d’une classe moyenne sénégalaise et à la baisse des coûts de transport, le phénomène s’est massifié. De 45 000 en 2016, le nombre de touristes sénégalais au Maroc a doublé pour atteindre 92 000 en 2025, faisant d’eux les premiers visiteurs africains du royaume.
Si la ferveur est spontanée, elle sert aussi les intérêts de Rabat. Le Maroc, dont le roi est Commandeur des croyants, utilise ces réseaux confrériques comme un puissant levier de diplomatie religieuse, expliquent les auteurs de l’article.
Le royaume finance des mosquées au Sénégal, forme des imams à l’Institut Mohammed VI de Rabat et exporte son édition officielle du Coran.
Cette stratégie s’avère payante face à l’Algérie, pourtant terre natale de Cheikh Ahmed Tidjani (né à Aïn Mahdi). « Il semble que le Maroc gère mieux cet héritage », analyse l’anthropologue Abdoulaye Kane interrogé par Le Monde, soulignant que la route spirituelle vers Fès est plus ancrée dans la tradition sénégalaise que celle vers l’Algérie.
Autour du mausolée, le spirituel côtoie le temporel. Une économie florissante s’est développée, animée par des commerçants sénégalais installés sur place.
Rakhi Sakho, propriétaire d’une maison d’hôtes à Fès, témoigne de cette dynamique dans le reportage : « Beaucoup de pèlerins en profitent pour faire du commerce et ramener des produits du Maroc, très prisés ».
Djellabas, chapelets et artisanat marocain repartent ainsi par kilos vers Dakar, où posséder un objet venu de Fès confère un prestige particulier.



























