Le Sénégal, qui s’apprête à franchir une étape décisive dans son développement énergétique, prévoit de lancer la construction d’une deuxième raffinerie de pétrole dès l’année prochaine. Un projet ambitieux, nécessitant un investissement compris entre deux et cinq milliards de dollars, qui suscite déjà les appétits voraces de trois géants asiatiques : Chine, Turquie et Corée du Sud.
Le lancement en vue d’un projet de raffinerie, estimé entre deux (2) à cinq (5) milliards de dollars avec pour objectif l’autosuffisance pétrolière en 2029, fait monter l’adrénaline auprès des grandes puissances. Mieux, trois poids lourds économiques asiatiques (Chine, Turquie et Corée du Sud) ont déjà soumis des offres de financement.
Sangomar comme colonne vertébrale
L’information a été donnée, ce jeudi 2 octobre 2025, lors d’une conférence énergétique africaine au Cap, en Afrique du Sud, par le Directeur général de la Société africaine de raffinage (SAR). Mamadou Abib Diop, s’est montré optimiste quant aux perspectives de financement du projet baptisé « SAR 2.0 ». « Beaucoup d’investisseurs arrivent et manifestent leur intérêt pour le financement de ces projets », a-t-il déclaré à Reuters en marge de la conférence. Le projet consiste à ajouter une capacité de traitement de 4 millions de tonnes de pétrole brut par an à l’infrastructure existante. La nouvelle installation viendrait compléter la raffinerie actuelle de la SAR, la plus ancienne d’Afrique de l’Ouest, qui ne traite actuellement que 1,5 million de tonnes de brut par an, soit environ 30 000 barils par jour. Une capacité très insuffisante pour couvrir les besoins domestiques.
L’approvisionnement de cette future raffinerie reposera principalement sur les ressources du champ pétrolier offshore de Sangomar, exploité par l’australien Woodside Energy, la compagnie pétrolière nationale Petrosen détenant une participation minoritaire. Ce gisement, entré en production l’année dernière, affiche une production annuelle de 34,5 millions de barils, soit quelque 4,6 millions de tonnes. « Cette lacune, nous la comblerons avec un projet nommé SAR 2.0, ce qui signifie que nous ajouterons un deuxième site de raffinerie afin d’ajouter 4 millions de tonnes [de capacité de traitement] par an », a précisé le Directeur général de la SAR. Avec cette nouvelle infrastructure, le Sénégal vise un objectif ambitieux : atteindre l’autosuffisance en produits pétroliers d’ici la mise en service prévue en 2029, tout en se positionnant comme un potentiel exportateur régional.
Beaucoup de zones d’ombre persistent
Malgré l’enthousiasme, des questions cruciales restent en suspens. L’emplacement exact de la nouvelle raffinerie n’a pas encore été déterminé. Quid de la participation éventuelle de l’État sénégalais au capital de cette infrastructure stratégique ? Mamadou Abib Diop indique qu’aucune décision finale n’avait été prise. Ce projet s’inscrit dans une dynamique de souveraineté énergétique que le Sénégal cherche à construire depuis la découverte d’importants gisements de pétrole et de gaz au large de ses côtes. Le pays, longtemps dépendant des importations de produits raffinés, aspire désormais à transformer localement ses ressources en hydrocarbures. Le choix des partenaires financiers sera déterminant pour l’avenir du projet.
La Chine, la Turquie et la Corée du Sud apportent leur expertise, leur expérience dans le domaine du raffinage et leurs intérêts géostratégiques en Afrique. Pékin multiplie les investissements dans les infrastructures énergétiques africaines depuis deux décennies, s’imposant comme le principal bailleur de fonds du continent. Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse la simple question énergétique. Cette deuxième raffinerie pourrait créer des milliers d’emplois, stimuler l’industrialisation du pays et réduire significativement la facture des importations de produits pétroliers raffinés. À condition que le projet respecte son calendrier et que les 2 à 5 milliards de dollars nécessaires soient mobilisés dans les mois à venir. Le défi est considérable, mais l’ambition sénégalaise est clairement affichée : passer du statut d’importateur de produits raffinés à celui de producteur régional d’ici la fin de la décennie.



























